Objectifs et démarche du projet SupMed

Le projet vise à réduire d’une façon structurelle et durable la surexploitation des ressources hydriques et à améliorer le revenu des ménages agricoles au Liban et en Egypte dans un contexte de changement climatique.

Pour cela, il proposera, mettra en œuvre et évaluera des initiatives intégrées, agronomiques et socio-économiques, basées sur l’agroécologie afin de réduire la dépendance à l’eau de chacun des territoires. Ces initiatives seront concertées avec les acteurs et adaptées au contexte des deux territoires ciblés, la Plaine de Beqaa et le Gouvernorat de Louxor.

Au total, le projet vise l’adhésion d’au moins 400 agriculteurs par territoire à une charte volontaire pour la mise en œuvre de stratégies d’adaptation basées sur des pratiques agroécologiques.

D’un point de vue institutionnel, le projet vise à renforcer et mieux structurer, en termes de conseil agricole, le partenariat public-privé au niveau des deux pays.

Il s’agit principalement de capitaliser autour de cette expérience de partenariat et de formuler des recommandations pour les prochaines politiques agricoles. Ce travail de capitalisation sera d’autant plus important que le projet contribuera (au moins partiellement) à l’élaboration des prochaines politiques agricoles nationale (Liban) et régionale (Egypte).

Trois objectifs spécifiques sont visés

OS1

Préserver les ressources hydriques en réduisant le gaspillage de l’eau d’irrigation au niveau de l’offre en renforçant l’infrastructure d’irrigation de base très défaillante aujourd’hui.

OS2

Améliorer la gestion de la demande en eau d’irrigation et les revenus des ménages agricoles en adoptant des pratiques agroécologiques. Il s’agit principalement de construire collectivement, mettre en œuvre et évaluer des stratégies d’adaptation et d’atténuation face au changement climatique basées sur l’agroécologie. Cet objectif, central pour le projet, comportera une phase de modélisation des ménages agricoles et une phase de mise en œuvre sur le terrain, d’abord par des agriculteurs représentatifs, et puis par l’ensemble des agriculteurs volontaires des territoires ciblés.

OS3

Capitaliser les résultats et contribuer aux stratégies nationales liées au changement climatique en évaluant d’une part les modalités de réplication des initiatives à partir des cas étudiés et en contribuant d’autre part à la structuration du partenariat privé-public en termes de conseil agricole.

Contenu du programme

Il est question dans cette composante d’assurer l’installation/le renforcement, au niveau de la plaine de Beqaa au Liban et du gouvernorat de Louxor en Egypte, d’infrastructures d’irrigation pour des pratiques plus durables et économes en eau. Au Liban, la gestion de l’offre est totalement absente actuellement et se base exclusivement sur la surexploitation de la nappe phréatique non renouvelable en s’appuyant sur des puits privés non contrôlés. La construction des lacs collinaires vise à réduire le nombre de ces puits, réduire la pression sur la nappe phréatique (puisque les lacs seront alimentés par la fonte des neiges, donc par de l’eau renouvelable), et plus globalement économiser l’eau en permettant aux agriculteurs d’adopter des systèmes d’irrigation plus efficients (la goutte à goutte par exemple) ainsi que de diversifier leurs systèmes de culture.

En Egypte, la gestion de l’offre à partir du Nil existe, mais les réseaux d’irrigation sont vétustes et les pertes par évaporation sont estimées à plus de 40%. Le projet vise à installer de nouveaux réseaux d’irrigation couverts afin de ramener cette perte à moins de 10% (conformément à la norme internationale).

En premier lieu, il s’agira d’identifier à travers les projets en cours, par les statistiques disponibles et des enquêtes de terrain très ciblées, les principaux acteurs agricoles de chaque territoire et de caractériser la diversité des ménages agricoles.

Puis interviendra une phase de discussion pour la co-construction de stratégies d’adaptation/atténuation du changement climatique. Ce choix se fera collectivement avec les acteurs du territoire (agriculteurs, conseillers agricoles, représentants du ministère de l’agriculture, coopératives, etc.) à travers plusieurs ateliers. Cette co-construction impliquera également des agriculteurs représentatifs pour préciser les enjeux auxquels ces agriculteurs doivent faire face.

Les stratégies combineront trois types de critères : (i) agronomiques et environnementaux, en s’appuyant sur l’agroécologie comme principe de production pour améliorer la fertilité des sols et la production agricole et réduire la consommation d’eau d’irrigation, (ii) socio-économiques en analysant notamment le risque autour des filières existantes, et (iii) organisationnels en proposant et testant la création de nouvelles stratégies collectives de production (exemple association d’irrigants) ou d’incitations (sous formes de mesures agro-environnementales) pour une production durable.

Cet outil s’appuiera notamment sur l’utilisation du modèle DHABSIM développé par le CIHEAM-IAMM dans le cadre de ses projets de recherche et de développement en étroite collaboration avec l’ICARDA et l’IFPRI pour simuler ex-ante la performance socio-économique et environnementale de l’ensemble des stratégies proposées précédemment (Composante 2). Ce modèle a été testé et utilisé avec des agriculteurs et des conseillers agricoles pour élaborer des stratégies d’adaptation face à des problèmes de résistance des adventices aux traitements phytosanitaires, en France (avec la participation de la coopérative de Val de Gascogne et l’entreprise IN VIVO), au Malawi pour améliorer la productivité des systèmes de production à base de maïs (avec la participation des ménages agricoles), et au Maroc pour élaborer et tester des stratégies d’adaptation pour une intensification durable des systèmes céréaliers dans un contexte climatique et socio-économique incertain(avec la participation de plus de 250 agriculteurs de la plaine de Meknès).

Après paramétrage et contextualisation en utilisant les données collectées au niveau de la composante 2, caractérisant la structure des exploitations et leur fonctionnement, des simulations seront réalisées par le modèle par rapport aux stratégies retenues dans la Composante 2. Seules les stratégies écologiquement et économiquement performantes ainsi que socialement acceptables seront retenues pour être appliquées et diffusées auprès des agriculteurs représentatifs dans un premier temps et puis pour l’ensemble des agriculteurs des territoires retenus dans un deuxième temps (voir Composante 4). Cette sélection s’effectuera également de manière collective avec les acteurs.

L’outil d’aide à la décision ainsi paramétré servira au-delà de la vie du projet aux conseillers agricoles des centres agricoles, des ONGs et des centres de recherche dans les deux pays pour construire et évaluer ex-ante la performance d’autres stratégies d’adaptation pour faire face à d’autres enjeux d’ordres socio-économiques ou environnementaux.

Des ménages agricoles représentatifs 160 seront choisis pour appliquer selon un contrat préétabli les stratégies d’adaptation et d’atténuation retenues collectivement en fin de Composante 3. Un cahier des charges sera élaboré pour chaque stratégie à tester sur le terrain, précisant les modalités de production à suivre selon un contrat de production spécifique. L’objectif est de démontrer aux différents acteurs du territoire l’importance de ces stratégies d’adaptation et d’atténuation et d’en mesurer les effets. Les indicateurs de pilotage ou de performance identifiés dans la Composante 2 seront renseignés et discutés avec les acteurs pendant cette étape de mise en œuvre et de démonstration.

Plusieurs activités seront organisées tout au long du projet pour former les acteurs impliqués dans l’activité agricole, incluant les décideurs au niveau des territoires, les agriculteurs et plus largement les acteurs des filières à la notion de changement climatique et aux prérequis nécessaires pour élaborer et évaluer des stratégies intégrées et participatives. Les sessions de formation envisagées serviront également à diffuser à l’ensemble des agriculteurs du territoire et aux autres acteurs de terrain des supports techniques proposants des stratégies d’adaptation et d’atténuation différenciées et contextualisées qui tiennent compte de la structure des ménages agricoles, de leur accès aux ressources et de leurs objectifs de production. Ces fiches seront élaborées en se basant sur les résultats des simulations du modèle bioéconomique et à partir des résultats obtenus sur le terrain (Composantes 3 et 4).
Le projet cherchera également à renforcer la capacité des acteurs en charge du conseil agricole en créant par région/gouvernorat des bases des données spatialisées et multi-scalaires qui permettront de comprendre le fonctionnement des systèmes agricoles actuels, de proposer et évaluer des stratégies d’adaptation et d’atténuation du changement climatique, et de mettre en place un système d’alerte pour faire face à des évènements climatiques ponctuels. Ces bases de données seront construites à partir des activités en lien avec le diagnostic, les résultats de la modélisation bioéconomique et des parcelles de démonstration.
Du point de vue institutionnel, ce projet doit aboutir, en impliquant assez tôt dans le projet des décideurs, à des recommandations de mesures incitatives, notamment des mesures agro-environnementales permettant de promouvoir des stratégies nationales ou territoriales d’adaptation et d’atténuation innovantes face au changement climatique.
Enfin, SupMed a comme ambition de diffuser très largement ses résultats (notamment au niveau des zones arides) via des analyses comparées, des publications scientifiques, des séminaires et d’autres supports de communication montrant l’importance des approches suivies dans ce projet et leur réplicabilité, et valorisant les résultats potentiellement extrapolables.

Cette composante représente l’activité de gouvernance, de coordination, de choix d’experts nationaux et internationaux et de suivi du projet. Le CIHEAM-IAMM, en tant que leader de cette composante, sera en charge de la bonne exécution du projet.